Dossier du Collectif pour l'Abolition de la Chasse à Courre (C.A.C.C.)

POUR L'ABOLITION DE LA CHASSE A COURRE EN FRANCE

POUR L'ABOLITION DE LA CHASSE A COURRE EN FRANCE

Le Collectif pour l'Abolition de la Chasse à Courre (C.A.C.C.) se prononce résolument pour l'abolition pure et simple de la chasse à courre et de la vénerie sous terre en France.

Pour des raisons éthiques.
La chasse à courre, on le sait, consiste à poursuivre un animal à cheval jusqu'à l'épuisement puis à lui faire plier les jambes à coups de barre de fer. Il est alors poignardé avec une dague ou un épieu, si les chiens ne l'ont pas déjà déchiqueté. Il s'agit d'une pratique extrêmement cruelle qui n'est justifiée que par le plaisir de ceux qui s'y livrent. Non seulement il n'y a aucune raison d'encourager les jeux et sports violents, tels que les combats de coqs, les corridas ou la chasse à courre, mais les pulsions de violence, le goût du sang, les rituels funèbres, qui ont parfois de tragiques conséquences sociales (les chasseurs commettent davantage de meurtres que les non chasseurs), devraient être réprimés, pour le principe, toute violence gratuite étant inacceptable du point de vue éthique. Des examens ont montré que les victimes éprouvaient de très grandes souffrances physiques, et un stress parfois fatal. Il est arrivé que des animaux soient mis à mort dans la cour d'une école où ils s'étaient réfugiés, devant des enfants horrifiés. Est-ce un spectacle si ragoûtant que la curée, le hallali ou la fouaille ? La répugnance qu'il inspire n'est pas nouvelle.
« De moi, je n'ai pas su voir seulement sans déplaisir poursuivre et tuer une bête innocente, qui est sans défense et de qui nous ne recevons aucune offense. Et comme il advient communément que le cerf, se sentant hors d'haleine et de force, n'ayant plus d'autre remède, se rejette et rend à nous-même qui le poursuivons, nous demandant merci par ses larmes, ce m'a toujours semblé un spectacle très déplaisant. » (Montaigne - De la cruauté, Essais, II, 11)
Comme si tout cela n'était pas suffisant, l'article R224-1 du code rural, qui stipule : "Les relais en voiture et en camions sont interdits. Il est toutefois toléré, sauf pour la vénerie du lièvre, que six chiens au maximum soient transportés dans un véhicule pendant la chasse ; ils doivent être donnés en une seule fois en la présence d'au moins un cavalier", institutionnalise la tricherie des veneurs puisqu'il légalise dès la 2ème ligne ce qui est interdit dans la première.

Pour des raisons écologiques.
Les chasseurs à courre font valoir qu'ils tuent moins d'animaux (3800) que les chasseurs à pied. Mais le nombre ne fait rien à l'affaire, et l'on n'imagine pas qu'un pays maintiendrait la peine de mort sous prétexte qu'il exécute moins de condamnés que son voisin ! Les populations sont confortées par des lâchers d'animaux élevés en enclos et qui en transmettent les maladies. Les hardes sont de plus désorganisées de façon complètement artificielle. Les dégâts causés par les cerfs sur la végétation sont d'abord imputables à ceux qui introduisent ces animaux dans un milieu dont ils ont au préalable éliminé tous les prédateurs. Si l'équilibre des écosystèmes était restauré, comme nous le souhaitons, il serait inutile de réguler quoi que ce soit. Au demeurant, la chasse à courre ne prétend rien réguler. Elle n'est qu'un cruel divertissement.
Ces pratiques n'ont rien de bucolique. Elles sont bruyantes, tumultueuses, ostentatoires, "à cor et à cri", comme leur nom l'indique. Elles perturbent considérablement des animaux de toute sorte qui ont besoin de tranquillité pour se nourrir et se reproduire. On ne compte pas les animaux sauvages dispersés, éloignés de leur territoire, poursuivis ou massacrés par les chiens, sinon comme des "dégâts collatéraux". Même les chiens de la meute sont confinés dans des enclos exigus.

Il est de plus en plus fréquent que ces traques s'effectuent à bord de véhicules tous terrains, ce qui les rend à la fois plus néfastes au milieu, plus injustes envers l'animal et plus donc plus cruelles encore.

Pour des raisons historiques et sociales.
La chasse à courre a longtemps été un privilège d'Ancien Régime pratiqué par les seuls aristocrates. L'entretien d'une meute et d'un équipage est une dépense si onéreuse (150 000 euros par an) qu'on peut à bon droit être choqué. Les différences sociales, dont tous prétendent atténuer au moins la visibilité dans la société, sont au contraire exacerbées lors des chasses à courre. Les maîtres, généralement des aristocrates, caracolent en grand uniforme sur leur cheval, tandis que la valetaille suit ou piétine dans ses bottes en caoutchouc. Ces scènes de chasse renforcent l‘image d'une caste arrogante accrochée à ses rituels d'un autre âge.
Abandonné depuis la révolution, ce mode de chasse a été rétabli, comme l'esclavage, par Napoléon. Une république digne de ce nom ne saurait s'accommoder d'une pratique d'Ancien Régime symboliquement très lourde, qui fut même à l'origine de révoltes dans les campagnes, et constamment dénoncée dans les cahiers de doléance. En termes strictement quantitatifs, les chasseurs à courre représentent 0,01% de la population et les opposants à la chasse à courre 73%. Pourtant, ce sont les minoritaires qui l'emportent. Où est la démocratie ?
Le respect de la tradition est souvent évoqué par les adeptes de la vénerie, mais le recours au passé ne saurait justifier le maintien d'une pratique cruelle et archaïque, pas plus la chasse à courre que le bûcher public, le mariage arrangé ou la torture.

Pour des raisons de sécurité.
Les chasseurs à courre ont le privilège de violer les propriétés privées. L'article L 224-4 du Code rural dispose en son article R 228-1 : « Pourra ne pas être considéré comme une infraction, le fait du passage des chiens courants sur l'héritage d'autrui lorsque ces chiens seront à la suite d'un gibier lancé sur la propriété de leur maître, sauf l'action civile, s'il y a lieu, en cas de dommage. »
Mais les chasseurs s'arrogent aussi un "droit de suite", pour mettre à mort un animal épuisé chez des particuliers, souvent révoltés par ces pratiques. C'est aussi une violence faite aux témoins, à qui il est interdit de réagir, alors même que la morale de nos sociétés loue plutôt la compassion que le lynchage. En cas d'interposition, des altercations ont lieu, souvent suivies de procès. Les chasseurs ont généralement gain de cause alors que, il faut le répéter, 73% de la population, selon un sondage de la SOFRES de mars 2005, est opposée à la chasse à courre. Il est peu d'exemples aussi criants d'une loi faite pour une minorité contre la majorité.
Aussi, le passage des cavaliers donne souvent lieu à des huées et à des insultes, car la chasse à courre est impopulaire, même chez nombre de chasseurs à pied. Depuis quelques années, à l'exemple de ce qui s'est passé en Angleterre, des groupes de militants s'opposent physiquement aux veneurs, ce qui occasionne des troubles à l'ordre public et l'intervention des gendarmes.
La promenade en forêt domaniale est rendue pénible par le passage furieux des chiens, des chevaux, des veneurs, et autres piqueurs. Enfin, chacun sait que les animaux affolés par la poursuite traversent les routes sans aucune précaution et causent des accidents de la circulation.

Pour des raisons politiques.
Le monde de la chasse, organisé dès 1941 en fédérations par le maréchal Pétain, s'est constitué en lobby pour vaincre les critiques répétées dont il fait l'objet dans la population. Toutes les propositions de loi tendant à abolir la chasse à courre ont donc été repoussées sans débat par un parlement tout acquis au lobby, pour des raisons principalement électorales, et qui tiennent aussi à l'influence de hobereaux dans les régions.
En 1981, les intentions abolitionnistes du ministre de l'environnement, M. Alain Bombard, ont entraîné le limogeage immédiat de ce dernier avant même qu'un débat s'instaure. Une proposition de loi visant à supprimer la mise à mort, déposée en 1988 par M.Pierre Pasquani, est restée sans effet. En 2005, 15 députés de toutes tendances ont signé un projet de loi abolitionniste qui n'a pas davantage fait l'objet de débats.
Les institutions démocratiques sont complètement verrouillées par le lobby de façon à préserver la chasse à courre de ses adversaires. Est-ce ainsi qu'on compte régler le problème ? Les adeptes de cette pratique savent bien que, si un débat démocratique avait lieu, les conclusions leur serait immanquablement défavorables, dans des proportions écrasantes.
La plupart des pays européens ont aboli la chasse à courre : l'Allemagne dans les années 50, la Belgique en 1995, l'Ecosse en 2002, l'Angleterre en 2005. Elle n'existe pas aux Pays-Bas ni au Luxembourg. Les chasseurs ainsi privés de leur plaisir chez eux, se réfugient en France, où ils s'adonnent sans réserve à leur passion. Ainsi, le nombre des équipages explose, et exerce une pression de plus en plus forte. La France ne doit pas être l'asile des bourreaux !
Il existe des alternatives (chasses fictives avec appâts appelées DRAG) qui permettent aux cavaliers de pratiquer leur sport en pleine nature, aux chiens de courir, sans conclusion sanglante. N'est-ce pas pour les équipages le moyen de se maintenir ? En campant sur ses positions sans rien vouloir lâcher, le lobby s'expose aux réactions violentes et aux mesures radicales, et, tôt ou tard, à la disparition.

C'est pourquoi le C.A.C.C. :

- signe et fait signer la pétition pour l'abolition,
- demande l'abolition de la chasse à courre et de la vénerie sous terre en France.

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